Symbole & Voie initiatique: Le mythe d'Icare
- 21 nov. 2025
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"Lorsque vous travaillez sur vous uniquement par la motivation de la volonté inférieure et de la logique personnelle — donc la volonté personnifiée et non la volonté divine — vous risquez clairement de faire des dégâts."
Cette phrase, extraite d'un partage de Lulumineuse, résume merveilleusement le mythe d'Icare et met en lumière la tendance imprudente dans laquelle s'engagent bon nombre d'adeptes du bien-être.
Dans cette histoire, il nous est transmise la sublimation des animaux intérieurs, ici représentée par la force brute du taureau.
Minos, roi en devenir, est né de Zeus, mais celui-ci, pour venir sur terre, s'est transformé en taureau, le divin qui s'animalise pour entrer dans la matière.
C'est le potentiel divin non accompli, la graine en gestation, la graine porteuse de la promesse de sa réalisation divine. Minos symbolise ce potentiel puisqu'il est poussé par l'élan de devenir roi, de revendiquer le trône, soit l'élévation de la conscience vers le plan supérieur de l'être, en sa couronne.
Pour prétendre à ce titre de réalisation, il demande l'aide de Poséidon. Poséidon est le dieu de la mer, il représente le gardien de nos eaux intérieures, de la psyché humaine, de la dimension émotionnelle et psychique. Lorsque Minos demande à ce qu'il sorte de ses eaux un taureau afin de le présenter à ses frères, à son assemblé afin le lui sacrifier, il s'agit d'un mouvement de conscience pour être couronné. Il est nécessaire de faire remonter de l'inconscient, des eaux de notre psyché, la dimension animale présente en tant que potentiel inconscient non manifesté. La présenter à l'assemblée revient à mettre à jour cette part animale afin de la sublimer ; elle devient visible et n'a donc plus le pouvoir de le gouverner à travers lui.
Mais voilà, il est censé sacrifier cette part-là, c'est-à-dire rendre sacré, faire don au sacré de cette part animale afin de la mettre au service du divin, du grand dessein de Dieu.
La sublimer, c'est la remettre à plus grand afin qu'elle devienne animal de la sainteté, comme le taureau associé au chérubin et présent en tant qu'essence chez les séraphins que l'on retrouve devant le trône de Dieu.
Mais en décidant de ne pas le sacrifier et de le cacher au sein de son troupeau de bêtes, il fait le choix de ne pas transmuter cette part en lui, préférant la dissimuler de nouveau dans son inconscient au milieu des autres parts animales inconsciente. Bien qu'il ait conscientisé cet aspect-là, il a préféré continuer de la nourrir par fascination, en la laissant habiter ses centres inférieurs.
Ainsi, par répercussion, Poséidon, qui joue son rôle pour faire circuler les courants de l'harmonie divine, jette un "sort" à Pasiphaé qui, au réveil, s'éprend ardemment du taureau. Comme Minos a refusé le travail de conscience afin de s'élever en vrai roi, sa part féminine intérieure, symbolisée par sa femme, est condamnée à s'unir à cette part animale.
En effet, sa femme Pasiphaé est le miroir de son intériorité, le taureau étant relégué dans son inconscient, celle-ci met en lumière l'union intime qui a lieu dans l'inconscient de Minos.
Le plan inconscient baigné dans la dimension féminine de l'être est donc dominé par la force brute animale et se laisse gouverner, dévorer par la pulsion d'union avec celle-ci.
C'est ainsi qu'elle demande à Dédale un artifice pour permettre l'union charnelle avec le taureau. Pour cela, elle se grime en vache. Ici, on est face à un être qui est tellement soumis à ses pulsions bestiales que celui-ci se laisse posséder jusque dans l'apparence, quitte à se détourner de sa vraie nature verticale, jusqu'à se perdre dans la représentation de son inversion. L'union a lieu et donne naissance au Minotaure, une créature au corps d'homme, mais à la tête de taureau.
La part animale que Minos voulait tant garder tout en la cachant est désormais plus que visible puisque le Minotaure se présente au monde avec sa face animale. Si intérieurement notre dimension féminine s'unit, s'accouple avec notre part animale, alors on s'enfante dans le monde en tant que tel.
En tant qu'initié sur la voie du couronnement intérieur, Minos aurait dû sublimer cette part bestiale afin de s'unir au Christ en lui et enfanter l'enfant divin qu'il est par nature.
Encore une fois, plutôt que de faire face et d'acter la sublimation, il a préféré dissimuler la créature. Le labyrinthe dans lequel celle-ci est placée représente l'enfermement horizontal auquel on se condamne si on reste dépendant, inconscient de nos animaux intérieurs.
Le mental est complètement limité par l'état pulsionnel, il ne peut se voir et
se concevoir au-delà de l'horizon limité du labyrinthe, se heurtant aux murs, tournant en rond, se sentant perdu, éloigné de sa nature.
Lorsque Thésée vient défier la bête, il s'éprend d'Ariane, fille de Minos. Elle, éprise à son tour, souhaite l'aider et demande à Dédale de trouver un stratagème pour que celui-ci revienne sain et sauf. Dédale souffle à Ariane l'idée du fil qui lui permettra de retrouver son chemin. Cependant, l'aide ici vient déjouer l'harmonie divine.
Le Minotaure est gardien du seuil, lui faire face appelle à une transmutation.
On ne peut emprunter ce chemin initiatique, triompher tout en rembobinant le fil qui nous ramène en arrière, sur nos pas.
Et cet acte causera leur perte.
Thésée tue le Minotaure et repart avec Ariane, Minos est anéanti.
Pour punir Dédale de ses créations, il le condamne ainsi que son fils Icare dans le labyrinthe.
Face à l'impossibilité de sortir de ce labyrinthe par la voie horizontale, un mouvement parcourt Dédale qui le pousse à lever les yeux au ciel. C'est l'éveil au ciel. Ici, on est en présence de quelqu'un qui est traversé par un éveil de la conscience au milieu du labyrinthe mental.
Cet éveil, que l'on peut dire spirituel, car tourné vers l'esprit, crée une ouverture.
La contemplation du ciel permet de se laisser inspirer par celui-ci, par le plan supérieur.
La contemplation des oiseaux, de ces êtres qui peuplent le ciel et en maîtrisent les lois au point de voler, inspire Dédale qui est ensemencé par une idée, celle de récupérer des plumes afin de fabriquer des ailes, composées de fil de lin et de cire, pour s'envoler. Une fois l'ouvrage réalisé, père et fils s'envolent dans le ciel avec pour consigne donnée à Icare de suivre la voie médiane.
De ne surtout pas voler trop bas pour ne pas alourdir les plumes et ne pas voler trop haut pour ne pas brûler par le soleil.
Mais Icare, imprudent, sourd aux conseils de son père, se rapproche dangereusement du soleil, jusqu'à ce que la cire fonde, le déplume et ainsi il chuta, retombant dans les eaux, où il mourut. Ici, on assiste à l'initié qui s'ouvre aux enseignements, aux lois spirituelles issues des plans supérieurs qui lui donnent la promesse de l'ascension, au même titre que les oiseaux. Mais on ne peut prétendre toucher à ces plans par des artifices.
Ici, lorsque Dédale s'est laissé inspirer par les enseignements du ciel, il a cherché à les comprendre depuis le prisme mentalisé, par la prise de la forme, du reflet, du plan phénoménal. Les oiseaux étaient à contempler en dedans pour s'harmoniser à leurs qualités, à leurs vertus afin de transmuter l'état de conscience.
Là, il a plutôt cherché à mimer, à reproduire la forme, afin de performer l'oiseau en apparence, en technique, mais pas en qualité divine.
Icare, tout jeune, tout fougueux, qui n'avait pas fait un travail de maîtrise de ses animaux intérieurs, s'est laissé dominer par la forme, en se grimant en oiseau, il crut pouvoir prétendre à se faire passer pour tel. Comme beaucoup de personnes qui aspirent à la réalisation de leur être dans les plans supérieurs, mais vont se déguiser en la représentation déformée qu'ils perçoivent de ces principes, mais ils ne resteront que dans l'apparence, l'image. Et c'est d'ailleurs le grand fléau aujourd'hui : beaucoup paradent en personnages spirituels, alors oui, ils ont des belles ailes, tout comme l'image qu'ils ont des maîtres de sagesses, mais tout ça n'est que reflet.
Et de cette posture artificielle, ils en paieront le prix, en traversant une épreuve, ou plutôt une occasion qui leur sera donnée de redescendre dans les eaux de leur psyché pour y faire le vrai travail de l'initié. Celui que Minos a commencé, mais très vite rejeté.
Celui de faire ressortir la bête en soi, la nommer et la remettre au sacré pour qu'elle soit vue, sublimée et qu'elle s'élève vers le trône pour devenir animal de la sainteté, au service de l'être divin en soi.
Lorsque Icare chute dans la mer et meurt, en vérité, il ne meurt que de l'illusion dans laquelle il s'est perdu. Il ne meurt que du reflet, de l'apparence.
Ce n'est que l'illusion d'être un oiseau qui se meurt véritablement afin de plonger enfin en soi et découvrir ce que signifie vraiment être un oiseau en termes de qualités d'être et de vertus. Là, l'ascension a vraiment lieu.
Tout être guidé par l'aspiration de s'élever à la hauteur du soleil, de Dieu, est appelé à descendre, à chuter en soi, dans les eaux de la psyché, pour en devenir maître et, par ce biais de purification, de conscientisation de l'inconscient, naturellement, il sera inspiré pour s'élever, selon les volontés divines.
Jade Rosenbaum
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